Portraits de Résistantes dans le Var

Mis à jour le 31/05/2024
portraits de femmes résistantes dans le Var

La commémoration du 80ème anniversaire des débarquements, de la Libération de la France et de la Victoire est aussi l’occasion de mettre en lumière des figures féminines, connues ou plus confidentielles, qui se sont illustrées il y a 80 ans par leur courage et leurs actions. De l’assistance aux alliés et aux clandestins, jusqu’au rôle d’agents de liaison voire de cheffes de réseau, ces femmes ont œuvré à tous les niveaux et ont pris des risques extrêmes qu’elles ont parfois payé de leur vie pour participer à la Libération.

Esther Poggio (1912-1944)

PORTRAIT ESTHER POGGIO

Au début de la guerre, Esther Poggio est revendeuse de fruits et légumes avec ses parents aux Halles de Toulon. En 1940, ces derniers doivent quitter Toulon pour Menton (les deux tiers de la ville sont occupés par les Italiens) à causes de diverses infractions commerciales. Fin 1942, elle rejoint ses parents, c’est à cette occasion qu’Esther Poggio intègre le réseau de renseignement Reims-Jenny-Coty (réseau BCRA et service de renseignement du MUR) dans le secteur de Monaco. Elle occupe un poste d’agent P2 (régulier et clandestin) servant principalement de boîte aux lettres à René Borghini (secrétaire de la présidence du Conseil national de la principauté) ainsi que d’agent de liaison entre Grenoble et Monaco.

Le 7 juillet 1944, elle est arrêtée par la Gestapo à Monaco et incarcérée à Nice. Le 15 août 1944, elle est exécutée avec 20 autres résistants dont Borghini au quartier de l’Ariane à Nice en représailles du Débarquement de Provence.

Esther Poggio est récipiendaire à titre posthume de la Légion d’honneur, de la Croix de Guerre avec palmes, de la médaille de Résistance et reconnue « mort pour la France ». Depuis le 13 octobre 1956, son nom est donné aux Halles municipales de Toulon.


Germaine Michel-Jaffard (1896-1973)

portrait de germaine michel jaffard

Germaine Michel-Jaffard réside à Lille au début de la guerre. Elle se réfugie à Fayence et exploite un cinéma itinérant jusqu’en mai 1943. Engagée dans la Résistance avec les MUR (Mouvements Unis de la Résistance) et l’AS (armée secrète), elle est homologuée à la SAP (Section Atterrissage et Parachutage), agent P2, matricule AC 31 C, lorsque celle-ci est organisée en septembre 1943. Elle récupère les parachutages d’armes, munitions et d’agent de liaison sur plateau de Canjuers.

Germaine Michel-Jaffard sert de boites aux lettres et de caches d’armes. Elle héberge aussi des clandestins et des réfractaires.

A la Libération, Germaine Michel-Jaffard se distingue en allant voir, munie d’un drapeau blanc, les 200 allemands qui se trouvent au nord de Fayence. Cette manœuvre a pour but de négocier la réédition des allemands tout en évitant des combats sanglants. Elle négocie directement avec le Major Turnov qui rend les armes à la condition d’être remis aux mains des alliés et non des résistants. Elle est désignée comme responsable de la sécurité militaire du secteur le 21 août, elle est secrétaire du comité local de Libération. A l’issue de la guerre Germaine Michel Jaffard est décorée de la médaille de la Résistance.


Hélène Vidal :

portrait Hélène VIDAL

Hélène Vidal, résistante dracénoise durant la Seconde Guerre mondiale, a informé les forces américaines situées à La Motte que la ville venait d’être libérée par les Forces Françaises de l’Intérieur et qu’il était inutile que le bombardement massif préparé par l’US Army intervienne.

Ainsi, le 16 août 1944, elle a « sauvé » la ville d’un bombardement qui aurait pu être désastreux pour Draguignan et ses habitants.

Enterrée au cimetière communal, Hélène Vidal a donné son nom à une avenue de Draguignan.


Micheline Maurel :

portrait micheline maurel

Micheline Maurel, née à Toulon en 1916. Elle est étudiante au Lycée de jeunes filles de Toulon (actuel Bonaparte), à Aix-en-Provence puis à Lyon.

Engagée dans la Résistance dès le 17 juin 1940 avant de savoir ce que cela signifier, par sa relation avec un pilote polonais connu à Lyon et parti en Angleterre. Micheline participe à un réseau polonais. Elle effectue des missions diverses à Aix-les-Bains, Grenoble, Paris. Transport de valises, observation du littoral autour de Toulon occupé par l'armée italienne. Le 29 juin 1942, rencontre du chef d'un deuxième réseau récemment parachuté. Il la recrute de façon plus officielle sous le pseudonyme de Louis Berger.

Ses missions sont : éplucher les journaux, faire parler dans les restaurants, observer le littoral, s'informer auprès d'un de ses oncles ouvriers à l'arsenal de Toulon sur les activités des Allemands, accompagner son chef dans ses missions, accompagner de jeunes pilotes qui doivent regagner Londres. Début novembre 1942, le réseau se disperse. Remontée du littoral chargée d'archives, elle cherche à qui les remettre. Par l'intermédiaire d'une amie, elle contacte Michel Hardivillier, chef du réseau Marco-Polo. Elle y fait à peu près le même travail. Mais l'observation dans la zone désormais occupée par les Allemands est plus difficile et plus risquée.  Elle est arrêtée au cours d'une mission à Amélie-les-Bains (Pyrénées-Orientales), le 18 mai 1943. Incarcérée à la Citadelle de Perpignan. Trois semaines après, elle est emmenée à Paris, au fort de Romainville. Son réseau tente de la faire évader mais échoue. Elle est déportée à Ravensbrück fin août 1943, puis plus au Nord, à Neubrandenburg. Elle n'en sera libérée qu'en mai 1945 par l'arrivée des troupes russes.

Micheline a obtenu la Croix de guerre avec étoile d'argent, la Médaille commémorative des services volontaires dans la France libre, la Légion d'honneur au titre de déportée et résistante, ainsi qu'une médaille polonaise qui lui a été attribuée en mai 1945, avant son retour du camp, alors que personne ne savait si elle était vivante ou morte.


Yvonne Leroux  (Tante Yvonne) :

TIMBRE A L'effigie d'yvonne leroux

 Yvonne Le Roux, née Yvonne Rossel le 6 mars 1882 à Toulon et morte le 28 avril 1945 dans le 15e arrondissement de Paris.

Elle épouse l'officier Arsène Jean-Marie Le Roux, originaire de Saint-Brieuc, en 1904. Le couple se sépare et Yvonne part s'installer à Philadelphie en 1923, qu'elle va quitter en 1939 pour se mettre à la disposition des Services de renseignements de Londres.

Résidant à Morgat, elle anime le réseau Johnny, surveillant les mouvements des bateaux de guerre allemands dans le port de Brest à partir de la presqu'île de Crozon. Son nom de code est « Tante Yvonne ».

Elle est arrêtée le 8 avril 1942 à Plomodiern, au domicile du Dr Vourc'h, membre du même réseau. Elle est transférée à la prison de la Santé à Paris, déportée le 22 avril 1942 à Neuengamme, puis à Ravensbrück.

Elle meurt de dysenterie et d'épuisement à l'hôpital Pasteur de Paris, le 28 avril 1945, quelques jours après son retour d'Allemagne


Madeleine Brannelec  (Françoise) :

Madeleine Branellec est née le 23 mars 1902 à Toulon. À 42 ans, elle s’engage dans la France Libre en juillet 1942 dans le réseau Centurie, ramification du réseau « Organisation Civile et Militaire » (OCM). Son fils Denis s’engage en même temps et devient agent de liaison. En 1943, le réseau OCM fusionne avec le réseau de « Ceux De La Résistance » (CDLR) pour devenir la première organisation de résistance du Calvados. On retrouve aussi dans ce réseau Raymond Triboulet, futur sous-préfet de Bayeux à la Libération.

En décembre 1943, le Réseau OCM-CDLR est victime d’une rafle qui désorganise la tête du réseau. C’est à cette occasion que Madeleine Branellec devient adjointe de Guillaume Mercadet qui prend la tête du mouvement. En tant qu’adjointe, elle a la charge du recrutement des nouveaux membres et de l’organisation des nouveaux réseaux du groupe. Elle devient ainsi un agent permanent à la disposition totale du réseau OCM (Grade P2).

Photo de DeGaulle au centre entouré de la délégation dont faisait partie Madeleine Brennelec

À la venue du Général de Gaulle à Bayeux le 14 juin 1944, elle fait partie de la délégation qui accueille et guide le Général ainsi que Maurice Schumann (voix de la Résistance sur la BBC), François Coulet (Commissaire Régional à la République) et le général Kœnig. Elle fait partie du cercle restreint des personnes qui assistent au discours de Bayeux du Général de Gaulle.

En 1944 elle devient membre du Comité Local de la Libération (CLL) et participe à l’aide aux réfugiés de la région et aux familles de déportés locaux. Elle prend par la suite la présidence en 1944 du CLL.

Elle est reconnue comme membre des Forces Françaises Combattantes et comme Forces Françaises Libres. Elle est récompensée par la Médaille de la Résistance avec Rosette par un décret du 24 avril 1946.


Suzanne BOREL (1904-1995)

portrait suzanne borel

Née à Toulon en 1904, elle passe son enfance entre la France, le Sénégal, Madagascar et le Vietnam. Après l’obtention d’une licence de philosophie à la Sorbonne, Suzanne Borel étudie le chinois à l’école des langues orientales quand sa mère lui envoie une coupure du journal « Le Temps » du 10 février 1928 annonçant qu’un décret permettant aux femmes de se présenter au concours pour l’admission dans les carrières diplomatiques et consulaires vient d’être pris.

Après une réussite au concours en mars  1930, son accès à un poste au sein des diplomates français reste cependant compliqué. Lors de son rendez-vous au Ministère avant sa prise de fonctions, le directeur du personnel lui explique qu’elle ne peut en fait prétendre qu’aux services annexes et non aux directions politiques. Suzanne Borel est nommée au service des Œuvres où elle exerce différents postes pendant neuf ans jusqu’au début de la Seconde Guerre mondiale. Elle s’illustre par la suite dans la résistance.

Benjamin Crémieux invite Suzanne Borel à faire partie du service « Propagande et journaux » du réseau Combat en mai 1942.

Sa position au ministère des Affaires étrangères  dans l’administration de Vichy lui permet d’accéder à de nombreuses informations. Elle rejoint ainsi plusieurs réseaux de résistance dont le NAP  (Noyautage des Administrations Publiques). Après le débarquement des Alliés en Afrique du Nord, elle rejoint le réseau Martial-Armand et c'est la valise diplomatique de Madrid qui lui permet de partager des informations et d'organiser des évasions vers la France libre. En 1944, ces réseaux sont démantelés et elle quitte Vichy pour échapper de justesse à l’occupant et se réfugier à partir de 1944 à Hyères.


Sources:

Poggio :   https://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/glossaire

https://fusilles-40-44.maitron.fr/spip.php?article171379

Michel-Jaffard:

https://www.varmatin.com/vie-locale/ils-font-une-reconstitution-grandeur-nature-pour-commemorer-la-liberation-de-leur-village-254356

https://fr.wikipedia.org/wiki/Germaine_Michel-Jaffard

https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/sites/default/files/2020-01/GR16P_A_Z.pdf

Vidal:

https://www.ville-draguignan.fr/la-ville/decouvrir-draguignan/personnages-historiques/personnages-historiques/

Maurel :

Micheline Maurel (préf. Jean-Marie Guillon, introduction, notes et choix des textes par Olivier Maurel), Danse au bord du précipice - lettres et écrits des années de guerre, 1939-1945, Paris, éditions L’Harmattan, coll. « Mémoires du XXème siècle. Série Seconde guerre mondiale »

Un camp très ordinaire (Les Editions de Minuit 1957 - rééd. 2016). Récit de captivité. Préface de François Mauriac, prix des critiques 1957

https://fr.wikipedia.org/wiki/Micheline_Maurel

(source familiale / Récit personnel du grand-oncle d’Enzo Maurel – Médiateur au Faron)

Borel:

https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/le-ministere-et-son-reseau/l-egalite-femmes-hommes-au-ministere/article/la-pionniere-suzanne-borel-premiere-femme-diplomate-en-france

Leroux:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Yvonne_Le_Roux